FUREUR SANS DÉLIBÉRATIONS
Mettons nous d’accord d’abord
Un vrai de vrai
N’a pas peur d’écoper par dépit
Il donne l’ordre de tuer
Tous ceux qui flanchent
Au temps fatidique des méchants
Qui est venu et refuse de repartir
Sans laisser de victimes dans son sillage
Je suis le poète des kamikazes
J’ai un neuf millimètre flambant au poing
Je m’en viens faire du ménage
Demain ça va crever
Jusque dans nos salons l’écran
Du sang frais pour hauts gradés
Régnant avec fieffée autorité
Sur qui pisse le plus loin
Et qui a l’air d’avoir la plus grosse
Car dans la chambre pathologique
Ils vont résoudre ça la crise mondiale
Après leur massacre savant ne craignez pas
Les pavés sanglants que l’on vous balance
À votre place je ménagerais mes munitions
Je signerais le mot d’ordre
J’entérinerais ma mission.
SUIS-JE MOINS LIBRE
QUE J’EN AI L’AIR?
J’ai créé un univers constellé
Un continent de peau tâtonnant
Sur une planète faite d’os et d’encens
De moelle et de radicaux libres
Un exploit parfumé à la sueur de mon front
C’est là-dedans que je vous entraîne
Mais vous avez encore le choix
Je suis Dieu
Mais vous avez le choix
De dormir au gaz ou de vous éclairer
Derrière le coup de grâce du présent
Je suis né faute de pouvoir
Faire autrement
Dans le contexte
C’était la meilleure décision
Vu les équarrisseurs d’oubli
J’ai vite aussi compris
Que je devais me faire petit
Que l’on ne devait pas m’entendre
Ni me voir trop en même temps
Je suis convaincu maintenant
Que la sensibilité si elle est un cadeau
C’est d’un cadeau empoisonné
Dont on veut certainement parler.
APRÈS LA NUIT
Parmi les photos des portés disparus
Tu fais du yoga d’un genre très particulier
L’aurore te lacère tu vogues aux blessures
Tu cisailles le granit du ciel
Traces vers la gravité des ponts
De toutes parts tes imputables intentions sifflent
Aux couloirs exsangues de la lumière
De la vérité qui ne se dit pas toute
Si d’aventure nous égarions le plan
Je m’armerais d’une petite lampe
Nous tâtonnerions d’une main à cran
Nous chercherions ensemble le chemin
Et s’il s’agissait là d’une illusion
Le moins que l’on pourrait en dire
C’est qu’elle serait désormais partagée.
PASSAGE À VIDE
Les ongles d’aube crissent aux fenêtres
Un cérémonial impromptu tremble
Les aiguilles lorsqu’elles s’affolent
Ne sont d’aucun secours aux horloges
Les cycles qui gouvernent en témoignent
Il nous faut tour à tour reprendre la route
À la rescousse des secrets mal gardés
Mes lèvres frôlent les frontières
Tu es chargée d’une mission aux nerfs emmurés
Chaque matin l’embardée nous suffoque
Vu l’angle d’égarement du monde
Il faut bien enclencher quelque chose.
APPEL AU COMBAT
J’ai longtemps gavé mes circuits
Au pétrole étincelant des révoltes
Je me suis nourri des soutes regorgeant de torpilles
Sous l’emprise de son corps j’ai dévisagé
L’équilibre précaire le poids du monde
L’appel des vertiges de même que les fauves
Sortis indemnes du combat allongé
Je recule maintenant livide et déployé
Impatient face au défi du labyrinthe
Attisant les flammes qui m’en expulsent
Pour le cas où mes résistances flancheraient
Et où je choisirais de sauter.
DES CHOSES QUI S’EFFACENT
Le désordre défend mon rythme
L’atmosphère mon registre de repères
Dans la foulée la rue se vide
D’un seul coup le trottoir disparaît
C’est le noir total
Et conclusif de mon esprit
Quand je reviens à moi
Près du monticule de mots joliment cordés
Je suis surpris quoique volontaire pour la leçon
Des infortunés de la gravité.
RENOUVELLER LE GENRE
J’arpente un dédale de mémoire
Une main dans les flammes du présent
Je parcours l’autre
Écrasée sous le déchargement
Du passé que les accidents de parcours
Quelque part sur terre déclinent
J’erre d’une solitude à l’autre
Tributaire d’une folie qui n’est pas la mienne
Exilé du sort où la volonté manque
Mes rides appellent à l’aide
Des lambeaux de confidences sacrifiées
Déchirent les affiches à mon effigie
Je rédige un journal égaré
Vagabond torve comme toujours
Stationnaire dans l’espace fragmenté
Où mon coeur bat sans s’en apercevoir.
PETIT RIEN DE PLUME
Je salive l’infecte morve des souvenirs humains
Et parfois me surprend à penser comme eux
Je façonne l’argile d’où naîtront les corps
Destinés à l’apanage probant de la rixe
Quelle jouissance saurait nous absoudre
Au dérapage n’ayant de cesse
Quand chaque jour décommande l’avenir
Réajuste les rites à l’aplomb
Sur une pente raide n’existant que par le poème
Fatigué vidé de ces mots incitant l’indulgence
À bout de souffle sans pour autant commettre d’impair
Je garde dans ma main le regret de la tienne
Encore plus craquante fibreuse que d’habitude.
TORNADE DANS UN VERRE D’EAU
En coup de vent la grenaille
Engendre le frisson qui partout m’oblige
À répandre ce bruit dans la vie
Je néglige le fatras contondant de la langue
Avec une syncope de dire aux poings
Ma voix ressuscite jusqu’aux pires erreurs
Je m’abreuve à la source des slogans
N’ayant pas cours au fleuve de mes idées
Pris au piège des détonations sourdes
Collé par la langue au centre de tri de la page
Je suis coupable des pires atrocités
L’inachevé m’arrache les ailes
Comme on écrase une mouche
La vie reste un mot sans marche arrière possible
Une notion tellement facile à effacer.
CHAIR SUR IDÉE
C’est par un jour
Au calcul dompté
Fort de la sentence
Que l’on mérite sur terre
Que je maudis le ciel
De ses anges et saints
C’est aussi
Avec moult frissons
Que je me tourne
Vers toi
Toi qui es là
Pour les ivrognes
Les poètes
Et les putains
Toi qui sait
Que les bandits
Sont bien meilleurs
Que les politiciens
Pour le peuple
Dans les bras
Duquel anodin
Je fais tapisserie
Avec la foule.
MERCI POUR LES FLEURS
Si tant est que je m’effondre
Là où la nuit azimutée capitule
Ce sera la tête entre les paumes
Implorant à la danse des brisures
De m’épargner au joug de l’espoir
Car en un mot comme en mille
Ne tirez plus ! Je suis poète !
Je succomberai de moi-même
À la solution létale de ma vérité.