(Extraits)
Écrit à Vancouver 1990 – Paru aux Écrits des Forges 1991
CORDE RAIDE
Je ne suis plus en sécurité nulle part
Depuis que sur la corde raide
Je ne retrouve guère mon équilibre
Le leurre du projet biographique
Véhicule de ma mémoire
Puisque je n’y peux rien
Je ne saurais pas me réveiller seul
Demain, sans quelque chose
Lorsque la fièvre me bat les tempes
Comme un tambour de guerre
Que la vie se révèle impossible
Je mens, je triche
Je suis cruel et exigeant
Retourne la piaule de fond en comble
Pour le reste de la prescription
Tout de go
Pas même le gouvernement
Ne pourrait m’arrêter maintenant
Hier encore j’ai rêvé
Que j’étais encore jeune
Que j’étais odieux et quasiment intelligible
Il restait une manière de cure pour moi
Une thérapie contre les effets continus
De ce monde sporadique
Bourré par intervalles
De fausses fins et d’embuscades
Hachuré jusqu’à la limite du lisible
Afin de mieux goûter
Certaines sensations.
QUAI DES DÉPARTS ET ARRIVÉES
Sur le quai désert comme une certaine poésie
Remontant la rampe à grandes enjambées
La tête pleine de prose
Ce que l’on se cache à soi-même, à l’enjeu
Si j’avais pu vouloir ce qu’il me faut
Tu serais facilement devenue l’Objet
De cette pauvre analyse
Assujettie à des recherches des plus
Astreignantes
Je pars comme je suis venu
Sans créer trop de remous
À l’abri d’une dernière inévitable
Crise d’hystérie
Tu t’es fanée dans les flétrissures
Sans plaies vives et sans bagages
Je repars
En saisie de silence
Entouré du tohu-bohu
Des autres voyageurs.
SIX NUITS SANS SOMMEIL
Disloqué tel un accident d’horaire
Une erreur d’algorithme
Je me suis replongé
Horreur de la répétition
Triste et dangereux
Sans plus comprendre ni délimiter
Les jours de la nuit
Fleurs éclatantes en surimpression
Sur tout ce qui bouge
Les tempes me battent la chamade
Sans freins de sûreté
Un ruissellement continu de mots
Pendant ce temps-là
Pour un long moment
J’ai cru que j’étais devenu fou
Tôt le septième matin
De ma semaine sans dormir.