Ne Jamais Rien Dire

Écrit à Dublin, Irlande. 1987-88 / Paru : Écrits des Forges, 1989

(Extraits)

PAR CHUTES

Lorsque passe l’excès

Dépassé à la limite

Trop plein de jamais assez

Tout, faire, tout goûter, tout

Dépenser, boire, manger

Baiser, tout fumer, sniffer,

Shooter, tout…

D’insuffisance en insatisfaction

Chronique, le cortège des sens

Défie la mémoire, l’endort…

Souvenirs mieux dessinés

Que des fossiles, ça tourne,

Ä recommence, ça spine.

Encore et encore

Les tourbillons m’entraînent,

M’enlisent.

En spirales plus profondes.

Mouvement circoncentrique

Me suçant le sang…

Sensations vers le fond

De mon centre

Pour un autre milieu.

Une autre manière

De psychose secrète indécelable.

Pas tout à fait une autre

Dimension… Juste la fraction

D’espace régissant un univers plat.

Tout en épaisseurs, par couches.

Plus ça tourne, plus je glisse

Comme projectile sans issue.

À bout. Controuvé. Télescopé…

Jusqu’à l’émergence de l’autre coté.

Le perpétuel devenir en bloc.

Du temps fuit et il ne me reste

Que des trous de mémoire;

Mes archives.

Tout seul dans l’étroitesse

Du langage. Là où les mots existent.

Là où il ne s’agit pas que

D’un petit peu de vent.

Là où ça compte.

Cette nuit ne t’inquiètes pas,

Je me souviens…

Sans desserrer l’étau de la voix

Dans le texte, ses irradiantes liminaires…

Entre tendances du moment,

Le compte à rebours, en attendant

D’autres signaux; je me souviens

De toi… Du jeu

De glaces obscurcies

Paginant les moments troubles

De la biographie que je me fais.

Je me souviens de tes paroles

Exactement. Tes subterfuges,

Nos rires et les regards.

Butés, obtus. Je me souviens

De rumeurs à notre sujet.

Je me souviens de moi…

Recollant déjà des morceaux

D’écorce de manuscrits

Afin qu’ils tiennent debout.

C’est comme ça qu’on s’est connus.

Tu m’as vu tomber souvent.

Me relever. Retomber trop souvent.

Me redresser trop fracturé

Pour fausser la courbature du réel

Sur le plan du récit ou même

Insister lourdement.

Cette nuit la bière,

Les barbituriques et le passé

Persécutant la mémoire

Me tordent le bras.

Encore une puis je m’étends

Par terre. Avant de faire

Trop de remous. Avant…


PERSONNE N’AIME ABSOLUMENT PAS

Personne n’aime absolument pas

Extatiquement ça quand je parle trop

C’est ce que ça veut dire

Sans me laisser convaincre que

Personne n’en perçoit l’ombre

D’une différence de toute manière.

Assis devant le café refroidi

Depuis quand? Sans malice…

J’attends et c’est gratuit, alors

Si c’est pas pour une photo

Personne ne viendra m’emmerder.

Je m’emmerde moi-même

¨Ça ne se voit pas trop

Depuis le temps que

J’attends

C’est au moins la bombe

Un envahissement extra-terrestre

Rien de moins qu’un holocauste

Que je souhaite

Comme fin

À cette misère, ce délabrement…

À PERPETTE J’ENVISAGE

Sur les barricades indispensables

D’une fuite d’imaginaire.

Devoir porter cette ordure dans

Mon sang. L’odeur

Des cauchemars redondants.

J’envisage mon remake dans la glace.

Reflux de boue. Café, cigarette,

Trop de vin, toute la bière

Et jamais assez de sommeil.

J’envisage l’espoir d’une cure…

Zéro. Puis ça tourne…

Sans orbite exacte.

L’univers mal huilé

Grince dans son circuit râlant.

Fixé tel un moment photographique

D’avant le tumulte, l’avalanche.

Dehors, ce n’est jamais le moment,

Attends. Toujours arrête.

J’y vais…

Je repars pour ce qui ne saurait

Me séduire de l’autre côté

Des barbelés. Une balle siffle

Puis ricochet d’un tireur fou

Sur les toits.

Des ravages intérieurs,

J’envisage le pire.

Dehors c’est toujours au revoir.

Il faudra déplier les cartes,

Sortir le compas, la boussole

Pour une destination variable.

La trappe…

Oublier serait tellement plus

Vivable. Les costumes

Ont étudié le scénario.

La vie est

Une bien plus belle place

Lorsque l’on a quelque chose

À prendre.

Plus rare que le radium,

Je cherche mes pilules.

Renverse des tiroirs.

Ce courage me fait peur.

D’une peur de quoi?

De rien de descriptible.

À perpette, j’envisage de sortir…

RETOUR à Poésie – clickez

Laisser un commentaire