ÉCRAN DE FÛMÉE
Elle prononce mon nom
Quand elle disparaît
Sous le rasoir des faisceaux
Sans peau dans les spirales
Du poème qui l’invente
La dispersion de ses muscles
Quand elle déboule
D’impraticables échafaudages
Dans un vide sidéral
Et ce qui en tombe
Se jette aux piranhas
De ma page prémunie
Ça laisse de ces traces
Dont les tracas persistent
Tel un tic nerveux
Engourdissant les doigts
D’une fine poussière dorée
Toute ma vie la défie
Dans la ruelle sans flèche
À l’ombre éclaté
Des rushes qui déboulent
Sur l’écran de mon cerveau.
CELLE QUI SEULE SAIT
Je suis en panne d’inspiration
Ce soir largué, totalement
Loin de la certitude
Quand sa bouche
Se soudait à la mienne
Mais je me souviens
Dans le hors foyer
Mes scribes émérites
Se décarcassant la quille
À la recherche
Du mot justement
Pour tout claquer
J’étais d’une rare précieusetée
Pour mieux m’entraver
Pendant ce temps
Je fais abstraction
De ses fibres récalcitrantes
Ici je préférerais
Revenir à cet endroit
Précisément là
Pour celle
Qui seule sait.
ANTI-CHANSON DE LA RÉINCARNATION
Seules les trois prochaines vies
Suffiront à me taire
Trois vies successives
Hypothéquées d’avance
Seules mes trois prochaines vies
Finiront par me faire
Remonter un jour la pente
Puis mourir dans une ambulance
Entouré d’étranges inconnus
Trois vies successives
Question de nourrir l’Histoire
Et puis lire entre ses fentes
Sur ce je réquisitionne
Agrippé à la rampe raide
Trois vies successives
À cent ans chacune
Pour mes inspirations vertes
Et de plus mûres équations.
DANGEROSITÉ CROISSANTE
Dehors parfois, c’est le soir
Qui s’installe en douce
Dans l’obscurité croissante
Des visages hagards reflétant un danger
Accompagnent ceux d’entre nous
Qui ne demandent pas mieux
Le monde s’émiette
Tel un biscuit jeté à la pluie
Pendant l’ultime ronde nocturne
Et de nouveaux cercles
Sous nos yeux pochés
Alors que de telles questions
Ne se reposent plus
Ni à la lourde ni à la légère
On n’y voit hélas pas
Pas un grain plus clair
Pour autant que cela
Se cache avec facilité
On en restera là.
HYONOTIQUE HYPOTHÈSE
Jusqu’à ce que la barre saute
Je signerai de la matière
À hurler
Dans ma camisole de faiblesse
Je côtoie des brutes
Je partage leur dentelle élimée
Et sue mon contrat vénal
Depuis la première hypothèse
De ma venue
Et des retours qui s’ensuivirent
Pourvu que je brûle
Assez nu dans l’ensemble
À l’autre bout du monde
Autant que possible
Loin des traces de piqûres fraîches
Je signerai ces mots
Qui vous tiendront
Longtemps la main.
FRUIT DE LA LIBERTÉ
Attendre ton amour
N’est pas chose
Nécessairement facile
Pourquoi toujours si loin
Depuis que je m’enfonce
Volontaire les yeux bandés
Respirant l’air gluant
Au cœur de la manifestation
Cabré dans le moment
Du présent sur les dents
Dans ce rêve tu parais
D’une superstition propice
À sucrer l’esprit
En événements mortels
À travers les siècles des siècles
Tu reviens me chercher
En attendant ton retour
Je me noie dans le bar
Aux entrées permanentes
Je m’y délabre à vue d’œil
Parce que mon rôle ne s’écrit
Seulement que quand tu le cries.
LES GRANDS NOMBRES
Les détracteurs blindés
Sortiront par milliers
Des craques
Dans le plancher
Si nécessaire
Malgré certaine terreur
Chaque salve
Leur est perdue d’avance
Les matraqueurs pétés
S’introduiront par derrière
Sur la place
De l’attaque imminente
Dans le dos
Des accords signés
En sifflant
Les meilleures bouteilles
On écrasera le moral
De futurs prospères
Sur le compte
Des déjà fauchés
Au moral sur le carreau.
EN DIRECT
Monsieur la rechute
Qu’elle m’a surnommé
Et je cherche toujours
Des mots qui riment
Avec amour
Le court-circuit
Armé de caresses
À implosion garantie
J’en souffre
Quelque part de privé
Mes gestes sont saccadés
Ses réponses claquent
Je reste incapable de retenir
Son attention s’émiette
Je jette mes munitions
Par-dessus bord
Lui donner mon pouvoir
C’est donc ça
S’affronter en temps irréel
Que l’amour porte
Comme un flambeau
Quand ça fait si mal
Encore et encore.
GOUTTES DE L’UNIVERS
Elle revient de loin
Avec la rosée de Jupiter
Dans les mèches savantes
De ses cheveux
Dansant aux fenêtres
Comme la pluie
Depuis qu’elle a franchi
La barrière terrestre
Elle murmure aussi
Comme le printemps
Moi justement j’ai
Une heure à tuer
Peut-être même deux
J’écoute son univers
Envoyer des signaux
Qui viennent faire écho
À mes cordes sensibles
Aux premières modulations
Sa voix m’emporte
Je me couche sur une feuille
De son plus beau papier
Racontant de but en blanc
Chaque moindre détail
De ma peur du bonheur.
DÉCLIC SURSAUT
L’amour du langage
Traverse des câbles tendus
L’instant suivant une mer de lecteurs
Sursaute au déclic de syndication
La vague monstre du party permanent
De la démocratisation des moyens
Debout sur sa béquille
Inspire les emmerdés
À portée de cette étrange
Folie de communiquer
Qui gagne en se damasquinant
Mon cœur a les yeux ouverts
Qui battent de plus en plus vite
Sous le gris d’un ciel que j’ai choisi
De peindre un pixel à la fois
Juste pour moi
Comme une magouillé rôdée
La machine traficote à cran
Signe d’une peur tenace
À même les avertissements
Pas assez souvent répétés.
LA VIE USE
Le bout de la fin tant annoncée
N’est peut-être pas si loin, ça
Tous nous le sentons
Sans vouloir en savoir davantage
Profitons-en
Parle-moi raconte alors
Dis une douleur totale, la vraie
La corpulente, une qui perméabilise
Redit que je suis réduit
Avant de dire au revoir
Par l’entonnoir chaotique
Répète que je surgis
Comme on se désenglue
De l’étang larvaire
Que je suis souvent
Au beau milieu du tohu-bohu
Le bout de la fin
N’est pas si loin
Ça je le sais mais c’est toi
Toi qui me l’a appris
Parle-moi de ma quête
De raideur ardue
Avec mon malheur
Tout chassé-croisé
Tellement plus pressé qu’avant.
PORTRAIT-ROBOT
Du matin jusqu’au soir
La vie me râpe aux larmes
Je lis sur tes lèvres
De quoi patienter un peu
J’entends le cri hérissé
De ton âme mise à nu
Puis tes baisers
Gravitent alentour
Et finissent
Par éclabousser notre entrain
Étrangement écrasé entre
Les tranches du couvre-feu
Qui nous sont imposées
Comme une relique pileuse
Alors que dehors
Le jour s’écroule à son tour
Tel un vigile abattu
À bout portant sous nos yeux
Par un homme encore une fois
Au même portrait-robot
Que moi.
DU MATIN À LA CHAMBRE 38
Il ne reste entre nous
Que ce poème absolument explosif
Des victimes terrorisées
Entre le landau au bébé arraché
Que je commence à chercher à la torche
Parmi les plafonniers qui explosent
Dans un poème que pour faire plus recherché
Si cela était un jour à refaire
J’intitulerais DM 38 tout court
Au suivant
Tant pis fragiles bien élevés
Tandis que l’image se brouille
À grands coups de bottes dans l’écran
Laissant une empreinte rouge
Lors du calme relatif après l’onde du choc
Ce poème publicitaire sera suivi
Du silence crispant d’un trou noir
En fondu enchaîné avec le mensonge
À la une des journaux
Et de rien d’autre à noter.
LOUVE DE NUIT
Alors que cent mille abécédaires retors
Dorment à ses pieds de biche
On menace de le remplacer par
Un qui fourgue des étendards
À la place des états d’âme
Dans le désordre de sa foulée
C’est aussi pour mieux l’entendre
Souffler un peu fourbu
Qu’entre deux pauses je frotte
Une allumette contre le père Noël
Dans la crèche où le coeur craque
En attendant que la tempête ne frappe
Aussi je retombe illico des substances
Quand une grande tache rousse
Me jette sa poudre aux yeux
Une qui à cause de la biologie fractale
M’obligera dorénavant d’admettre
En déshabillant son bonbon rose
Qu’un jour ou l’autre dans la nature
Toutes les substances seront les mêmes.
LE FOND DU TONNEAU
Beau temps mauvais vent inclus
Je me farcis de bon matin
Ma crise obligatoire de métro
Je vaque et je viens
À peu de choses près
Gagner ma vie que je guette
Telle une bête sournoise
C’est à cause d’un complexe de réalité
Suite à d’interminables nuits pectorales
Tordu sur la corde raide
Que je plie bagage intoxiqué
Au rite des mensonges telluriques
Dehors le jour carmin
Qui se déshabille l’album
Me tourneboule enfin
Cap sur l’hémisphère gauche du réel
Où nos vies s’enchevêtrent aux virus
Alors que sans réticence aucune
Le désarroi universel d’être
Passe directement aux aveux.
AU CONTRAIRE
C’est porté retrouvé sans mon corps
Que je m’imprègne aux cassettes
De cet appel d’attentat
Au Chanel no.777
Je susurre mon bogue de boîte vocale
Mais à défaut d’être un garçon physique
Sois gentille prête-moi ton corps
Avant la fin des hostilités
Pendant que le millénaire caduc s’étiole
Dans le rétroviseur inversé de nos vies
À la foire d’empoigne de notre amour verglas
Écrasons-le d’arrêt bus ivrogne
Secouons-le de plaisanteries pédantes
Requin d’eau de toilette
Avale moi dans le torrent
Qui coule des cataractes enflées
Pendant que les soliveaux s’écroulent.